L'art du portrait :


Topo sur le portrait :


1) Le but du portrait : Présenter le personnage.

La première rencontre entre le lecteur et votre protagoniste est importante. Pourquoi ? Elle va servir de référence au lecteur quant à l’évolution future de votre héros.
Il faut donc toujours avoir cette idée dans un coin de la tête avant de se lancer.
Voici une liste de questions de base à se poser sur votre personnage :

1)      Quel est son nom ?
2)      Comment est-il physiquement ?
3)      Comment est-il habillé ?
4)      Quel est son principal trait de caractère ?
5)      Que fait-il dans la vie ?
6)      Où est-il ?
7)      Quelle est sa situation actuelle ?
8)      Quel est son état d’esprit à ce moment précis ?
9)      Quel est son but ?

Avec ces questions, vous avez de quoi vous lancer dans un portrait assez simple. Vous pouvez vous en poser bien plus ou ne pas répondre à certaines d’entre elles tout de suite. Soyez aussi curieux que votre futur lecteur et rendez-le curieux de votre personnage.


II) Méthodologie :

Plusieurs classifications des portraits sont envisageables en raison de la variété de ceux-ci. Seulement il n’y a que deux méthodes possibles pour présenter vos personnages.

Il existe donc deux grands types de portrait :

   -  Statique : La personne est présentée de manière figée. Les verbes d'état (être, sembler, paraître, etc...) sont souvent utilisés dans ces portraits.

Exemple : Il est grand aux yeux bruns et il semble toujours avoir le sourire aux lèvres.

   - Dynamique : La personne est présentée en mouvement. Les verbes d'action sont favorisés.

Exemple : Avec le sourire aux lèvres, il installe son coude sur ma tête tandis que ses yeux bruns balayent l'assistance.


Le personnage était le même dans les deux exemples. Chaque auteur a une préférence pour l’un ou l’autre de ces deux types.

Exemple littéraire de portrait statique :

   «Au physique, Grandet était un homme de cinq pieds*, trapu, carré, ayant des mollets de douze pouces** de circonférence, des rotules noueuses et de larges épaules ; son visage était rond, tanné, marqué de petite vérole ; son menton était droit, ses lèvres n'offraient aucunes sinuosités, et ses dents étaient blanches ; ses yeux avaient l'expression calme et dévoratrice que le peuple accorde au basilic ; son front, plein de rides transversales, ne manquait pas de protubérances significatives; ses cheveux jaunâtres et grisonnants étaient blanc et or, disaient quelques jeunes gens qui ne connaissaient pas la gravité d'une plaisanterie faite sur monsieur Grandet. Son nez, gros par le bout­ supportait une loupe veinée que le vulgaire disait, non sans raison, pleine de malice. Cette figure annonçait une finesse dangereuse, une probité sans chaleur, l'égoïsme d'un homme habitué à concentrer ses sentiments dans la jouissance de l'avarice et sur le seul être qui lui fût réellement de quelque chose, sa fille Eugénie, sa seule héritière. Attitude, manières, démarche, tout en lui, d'ailleurs, attestait cette croyance en soi que donne l'habitude d'avoir toujours réussi dans ses entreprises. Aussi, quoique de mœurs faciles et molles en apparence, monsieur Grandet avait-il un caractère de bronze. Toujours vêtu de la même manière, qui le voyait aujourd'hui le voyait tel qu'il était depuis 1791. Ses forts souliers se nouaient avec des cordons de cuir ; il portait, en tout temps des bas de laine drapés, une culotte courte de gros drap marron à boucles d'argent, un gilet de velours à raies alternativement jaunes et puces, boutonné carrément, un large habit marron à grands pans, une cravate noire et un chapeau de quaker. Ses gants, aussi solides que ceux des gendarmes, lui duraient vingt mois, et, pour les conserver propres, il les posait sur le bord de son chapeau â la même place, par un geste méthodique. Saumur*** ne savait rien de plus sur ce personnage.»

*Unité de mesure (1 pied = 33 cm)   **Unité de mesure (1 pouce = 2,7 cm)         *** Ville de Maine-et-Loire

Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, 1833


Exemple littéraire de portrait dynamique :

   Arrias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi; c'est un homme universel, et il se donne pour tel : Il aime mieux mentir que de se taire ou de paraître ignorer quelque chose. On parle, à la table d'un grand, d'une cour du Nord : il prend la parole, et l'ôte à ceux qui allaient dire ce qu'ils en savent ; il s'oriente dans cette région lointaine comme s'il en était originaire ; il discourt des mœurs de cette cour, des femmes du pays, de ses lois et de ses coutumes : il récite des historiettes qui y sont arrivées ; il les trouve plaisantes, et il en rit le premier jusqu'à éclater. Quelqu'un se hasarde de le contredire, et lui prouve nettement qu'il dit des choses qui ne sont pas vraies. Arrias ne se trouble point, prend feu au contraire contre l'interrupteur. « je n'avance, lui dit-il, je ne raconte rien que je ne sache d'original : je l'ai appris de Sethon, ambassadeur de France dans cette cour, revenu à Paris depuis quelques jours, que je connais familièrement, que j'ai fort interrogé, et qui ne m'a caché aucune circonstance. » Il reprenait le fil de sa narration avec plus de confiance qu'il ne l'avait commencée, lorsque l'un des conviés lui dit : « C'est Sethon à qui vous parlez, lui-même, et qui arrive de son ambassade. »

Le texte de "De la société" IX, Les Caractères (1688), La Bruyère.


III) Différents aspects du portrait :

Dans la première partie, je vous ai donné une petite liste de questions concernant le personnage. L’auteur peut se concentrer sur le physique, sur la psychologie, sur le comportement, sur la situation, sur les sentiments ou sur les motivations du personnage. Il n’y a pas de règles bien établies pour le portrait, le tout étant pour l’auteur d’en être satisfait et le lecteur intéressé.

Selon le point de vue abordé, la description de votre protagoniste peut-être très différente. Pensez au pire ennemi et au meilleur ami de votre héros, ils n’ont sûrement pas la même vision de celui-ci.

En portrait dynamique, le personnage peut être présenté seul ou être présenté avec ses petits camarades. L'interaction de cette personne avec d’autres acteurs de votre histoire peut être également intéressant. Des doubles portraits sont souvent utilisés pour décrire deux amis, deux amants ou deux rivaux.

 Les types statique et dynamique peuvent se croiser également.

Selon le genre du récit (humoristique, érotisme, fantasy, etc.), les mêmes éléments du physique ou du caractère d’une personne vont être décrits différemment. Voir l’exemple de la célèbre tirade des nez ci-dessous.


Exemple de portrait humoristique :
Cyrano de Bergerac

La tirade des nez (acte 1, scène 4)


Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme...
En variant le ton, —par exemple, tenez :
Agressif : « moi, monsieur, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur le champ que je me l'amputasse ! »
Amical : « mais il doit tremper dans votre tasse :
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »
Descriptif : « c'est un roc ! ... c'est un pic... c'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap ? ... c'est une péninsule ! »
Curieux : « de quoi sert cette oblongue capsule ?
D'écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »
Gracieux : « aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? »
Truculent : « ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ? »
Prévenant : « gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! »
Tendre : « faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! »
Pédant : « l'animal seul, monsieur, qu'Aristophane
Appelle hippocampelephantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os ! »
Cavalier : « quoi, l'ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau c'est vraiment très commode ! »
Emphatique : « aucun vent ne peut, nez magistral,
T'enrhumer tout entier, excepté le mistral ! »
Dramatique : « c'est la Mer Rouge quand il saigne ! »
Admiratif : « pour un parfumeur, quelle enseigne ! »
Lyrique : « est-ce une conque, êtes-vous un triton ? »
Naïf : « ce monument, quand le visite-t-on ? »
Respectueux : « souffrez, monsieur, qu'on vous salue,
C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue ! »
Campagnard : « hé, ardé ! C'est-y un nez ? Nanain !
C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain ! »
Militaire : « pointez contre cavalerie ! »
Pratique : « voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! »
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître ! »
—Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit :
Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n'avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d'une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.

Edmond Rostand (1897)


IV) Dans les lemons (one-shot, pwp) :


Dans ce genre d’exercice, l’auteur a souvent deux personnages sous la main. Qu’en faire alors que l’on veut les présenter tous les deux ?

   Certains auteurs prennent le point de vue de l’un des protagonistes pour en dévoiler ses pensées tout en décrivant l’autre. Certains auteurs alternent les points de vue des deux personnages pour les présenter tour à tour, tout en révélant leurs sentiments et/ou leurs intentions. D’autres préfèrent encore prendre un point de vue complètement externe (il) ou complètement interne (je).

   Le portrait peut être statique quand les individus sont présentés avant le lemon . Un portrait dynamique est intéressant dans un lemon : les deux personnages ont la sale manie d’aller se tripoter de partout et d’être en mouvement.

Pour les PWP, un minimum d’efforts peut être profitable à votre scène de fesses. Un petit détail sur les caractères des protagonistes, quelques éléments physiques sur eux et vous pouvez passer à la suite et même pourquoi pas en rajouter en cours de route. Ce minimum, parfois bref et concis, donne au lecteur de quoi se raccrocher à autre chose qu’à des corps lambda sexués.

Pour les lemons, la nudité aidant, il y a de quoi faire des descriptions physiques plus poussées que sur une présentation générale. Si vous déshabillez vos personnages, bien entendu. En tenant compte des sensations, vous pouvez vous débrouillez aussi sans les déshabiller.

N’oubliez pas l’importance des cinq sens lors d’un lemon. Votre personnage peut avoir une préférence pour un sens en particulier également, même lors d’une présentation générale.  

Dans un lemon, il n’y a pas que le physique bien évidemment. Les questions pour la présentation générale sont aussi valables dans un lemon.

Le double portrait présente une difficulté supplémentaire par rapport au portrait simple : les répétitions sont faciles à faire.


VI) Quelques petits exemples supplémentaires :


Exemple de portrait statique puis dynamique :

   « La femme, une de celles appelées galantes, était célèbre pour son embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de Suif. Petite, ronde de partout, grasse à lard, avec des doigts bouffis, étranglés aux phalanges, pareils à des chapelets de courtes saucisses ; avec une peau luisante et tendue, une gorge énorme qui saillait sous sa robe, elle restait cependant appétissante et courue, tant sa fraîcheur faisait à voir. Sa figure était une pomme rouge, un bouton de pivoine prêt à fleurir ; et là-dedans s'ouvraient, en haut, deux yeux noirs magnifiques, ombragés de grands cils qui mettaient une ombre dedans ; en bas, une bouche charmante, étroite, humide pour le baiser, meublée de quenottes luisantes et microscopiques.
Elle était de plus, disait-on, pleine de qualités inappréciables.
Aussitôt qu'elle fut reconnue, des chuchotements coururent parmi les femmes honnêtes, et les mots de "prostituée", et de "honte publique" furent chuchotés si haut qu'elle leva la tête. Alors elle promena sur ses voisins un regard tellement provocant et hardi qu'un grand silence aussitôt régna, et tout le monde baissa les yeux à l'exception de Loiseau, qui la guettait d'un air émoustillé.»

Guy de Maupassant, Boule de Suif, 1880.



Exemples de portrait :

   «Nous n'essaierons pas de donner au lecteur une idée de ce nez tétraèdre*, de cette bouche en fer à cheval, de ce petit œil gauche obstrué d'un sourcil roux en broussailles tandis que l'œil droit disparaissait entièrement sous une énorme verrue, de ces dents désordonnées, ébréchées çà et là, comme les créneaux d'une forteresse, de cette lèvre calleuse** sur laquelle une de ces dents empiétait comme la défense d'un éléphant, de ce menton fourchu, et surtout de la physionomie répandue sur tout cela, de ce mélange de malice, d'étonnement et de tristesse. Qu'on rêve, si l'on peut, cet ensemble.
L'acclamation fut unanime. On se précipita vers la chapelle. On en fit sortir en triomphe le bienheureux pape des fous. Mais c'est alors que la surprise et l'admiration furent à leur comble. La grimace était son visage.
Ou plutôt toute sa personne était une grimace. Une grosse tête hérissée de cheveux roux ; entre les deux épaules une bosse énorme dont le contre-coup se disait sentir par devant ; un système de cuisses et de jambes si étrangement fourvoyées qu'elles ne pouvaient se toucher que par les genoux, et, vues de face, ressemblaient à deux croissants de faucilles qui se rejoignaient par la poignée ; de larges pieds, des mains monstrueuses; et, avec toute cette difformité, je ne sais quelle allure redoutable de vigueur, d'agilité et de courage ; étrange exception à la règle éternelle qui veut que la force, comme la beauté, résulte de l'harmonie. Tel était le pape que les fous venaient de se donner.
On eût dit un géant brisé et mal ressoudé.
Quand cette espèce de cyclope parut sur le seuil de la chapelle, immobile, trapu, et presque aussi large que haut, carré par la base (...) la populace le reconnut sur-le-champ et s'écria d'une voix:
- C'est Quasimodo, le sonneur de cloches !»

*Figure géométrique à quatre faces   ** Fendue et dont une partie est saillante

Victor Hugo, Notre Dame de Paris, 1831.


Caractères de La Bruyère


Caractères de La Bruyère


Atelier sur le portrait :

Cet atelier se présente dans un cadre général. Il n'est pas spécifiquement orienté vers l'érotisme, comme les autres activités du site.

Le rating au-dessus de 16 ans et plus n'est donc pas imposé. L'inscription au forum est tout de même obligatoire pour une question d'organisation.


Quatre photographies au choix des participants : deux de femmes et deux d'hommes






Les participants peuvent écrire jusqu'à deux portraits différents à partir de ces photos.

Il est évidemment plus intéressant d'écrire deux portraits : un statique et un dynamique.

Chaque texte doit faire au maximum trois cents mots, ce qui correspond à une vingtaine de lignes.

L'original est imposé sur cet atelier, puisque le travail porte sur le portrait à partir de photographies.

Atelier terminé le 13 juin 2014 (Lien vers la discussion du forum).